“Feminism is hated because women are hated. Anti-feminism is a direct expression of misogyny; it is the political defense of women hating.” Andréa DWORKIN

A. DWORKIN (1946-2005), féministe américaine, lesbienne radicale.

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A. DWORKIN, Calle, 15.01.2017, feutre papier.

SOURCE : https://www.facebook.com/callepaint/?fref=nf&pnref=story

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Campagne de prévention contre les IST 2016 : Quid des lesbiennes ?

Octobre 2016, le Ministère de la Santé lance une campagne de prévention quelques semaines avant le 1er décembre, Journée Mondiale Contre le Sida. Dans un contexte ou l’épidémie du VIH est toujours « active » et selon les médiats, ou l’on assiste à un phénomène de « banalisation » de la maladie, particulièrement chez les jeunes, (Selon un article publié le 1er décembre 2014, dans Le Monde(1), 1 étudiant sur 3 se passerait de préservatif pendant ses rapports sexuels. Résultat obtenu par l’étude Haris Interactive pour la mutuelle Smerep.(2) ) l’on ne peux que se réjouir d’une telle initiative des pouvoirs publics. Initiative qui soit dit en passant, a risqué de ne jamais aboutir car selon le média Yagg, la campagne d’affichage jugée « trop gay »(3) n’aurai pas fait l’unanimité. Passons.

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Campagne de prévention contre les IST Ministère de la santé, 2016

La campagne d’affichage met en scène des couples d’hommes s’enlaçant avec le message, suivant :

« Les situations varient. Les modes de protection aussi. Préservatif, PREP, TPE, TASP, Dépistage.»

C’est vrai que le monde de la santé adore les acronymes, …. On tiquera au passage sur l’incongruité de telles dénominations, aussi mystérieuses qu’incompréhensibles, dans une campagne à destination du grand public. Et on reconnaitra l’aspect positif d’une telle visibilité auprès du public gay. (ou « HSH » : « hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes », comme disent les pouvoirs publics.)

  • Une campagne d’utilité publique.

Bonne nouvelle! L’Etat évolue pour prendre enfin en compte la santé de tous ces citoyens (mâles). Les hommes homosexuels, comme les femmes et les hommes hétérosexuels, ont droit à la considération du Ministère de la Santé. Quand au sujet de l’homosexualité masculine, les mentalités évoluent, … plus ou moins au même rythme. Car la campagne fait déjà l’objet de vandalisme(4) de la part de catholiques intégristes. Qui ont d’ailleurs revendiqué le geste. Ce qui compte c’est que les hommes homosexuels soient sensibilisés à leur propre santé sexuelle. Et que, grâce à cette campagne d’affichage, en marchant dans la ville, au volant de leur voiture, quand ils roulent à vélo, ou sur un skate bord, ils se reconnaissent dans ces couples de papier glacé et qu’ils prennent conscience qu’ils doivent se protéger.

  • OUI MAIS ! Quid des lesbiennes?

Ai-je le droit de le dire ? Oui, allez j’ose. QUID DES LESBIENNES ? Bah, oui et les lesbiennes ? Eh bien, rien. Pas l’ombre d’un couple de femmes homosexuelles dans cette campagne. à partir de ce constat, pléthore de questions (rhétoriques) me viennent à l’esprit :

Est-ce dire que les lesbiennes seraient immunisées contre le Sida, ou d’une manière générale contre les IST (infections sexuellement transmissibles), ou contre les MST (maladies sexuellement transmissibles)?  Pourquoi cet « oubli » ? Les lesbiennes n’ont-elles pas de relations sexuelles ? L’homosexualité féminine est-elle tellement taboue ? (Et en mode rageuse) : Et les lesbiennes on s’en fout, c’est ça? (…)

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Les lesbiennes mangent quoi?!
  • Evidemment, les femmes homosexuelles ne sont pas immunisées contre le Sida, ou d’une manière générale contre les IST ou les MST.

La plupart des lesbiennes ont leurs règles. Pourquoi est-ce que ce facteur de risque de transmission du Sida n’est-il pas sérieusement pris en compte? (« Nié » serait un terme plus juste.) En outre, le risque de transmission de maladie telle que le papillomavirus de l’appareil génital féminin, (une lésion potentiellement cancéreuse), est autant présent lors d’un rapport sexuel hétérosexuel que pendant un rapport sexuel entre femmes. Et il en va de même pour toutes les IST.

C’est simple, l’OMS liste 8 infections sexuellement transmissibles. La moitié peuvent être guéries : la syphilis, la gonorrhée, la chlamydiose et la trichomonase. Les 4 autres, virales sont incurables: l’hépatite B, le virus de l’herpès (herpes virus simplex ou HSV), le VIH, et le papillomavirus humain (VPH). Mauvaise nouvelle, les femmes qui ont des rapports sexuels avec d’autres femmes, comme le reste de l’humanité, y sont exposées. Mais personne n’en parle. Pourquoi?

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Campagne IST par l’INPES
  • En patriarcat les lesbiennes n’existent pas!

Pourquoi, le Ministère de la Santé déploie t-il alternativement des campagnes de prévention contre les IST à destination des hétérosexuels et des homosexuels hommes(5) et des campagnes de préventions spécifiques aux hommes gays, mais jamais à destination des femmes homosexuelles ?

D’abord, rappelons qu’être lesbienne dans la société hétérosexuelle patriarcale n’est pas sans conséquence. Parce que homosexuelles et femmes, elles sont à la fois victimes de sexisme (parce que femmes) et d’homophobie (parce que homosexuelles). Cette discrimination à double tranchant a un nom : c’est la lesbophobie. En outre, contrairement à leurs homologues gay, elles sont tout simplement invisibles. Les campagnes de prévention ne font pas exception.

Pourtant les lesbiennes sont statistiquement les femmes qui prennent le moins soin de leur santé sexuelle. Bannies des campagnes de prévention, (quoi que pour êtres bannies, il faut avoir été incluses au moins une fois!). Mal informées, ou pas informées du tout, beaucoup pensent qu’elles n’ont pas besoin d’examen gynécologique. Et pour les mieux informées qui décident de consulter, le colloque singulier réserve parfois quelques surprises. Elles se rendent compte, qu’il existe des praticien incapables de penser leur spécialité en dehors d’une vision traditionaliste de l’appareil génital féminin. (Vagin=bébé.) C’est vrai, que pourraient-ils bien faire de ces femmes socialement stériles?

  •  Lesbiennes et prévention : des statistiques accablants. 

SOS Homophobie publie en 2015, une enquête(6) réalisée dans toute la France sur la visibilité des lesbiennes et la lesbophobie.

L’enquête a recueilli les témoignages de 7 126 femmes. Le rapport dévoile que les praticiens gynécologues arrivent en tête des professionnels de santé ayant un comportement lesbophobe. Ils comptabilisent  à eux seuls 39% des actes de lesbophobie, contre 29% en structure hospitalière, 9% pour la médecine de famille, 10% pour la psychologie, psychiatrie, et psychothérapie, 4% pour la médecine scolaire, 1% pour la médecine du travail ; 1% pour les centre de protection maternelle et infantile, 3 % pour la kinésithérapie, 6% pour la don du sang et 5% pour les autres médecins.

Selon l’étude :

« la lesbophobie dans le milieu médical se manifeste principalement sous la forme d’incompréhension (61% des cas contre 38% pour l’ensemble des actes lesbophobes) voire de rejet (la moitié des cas contre 36% pour l’ensemble) ». L’enquête publie certains témoignages accablants : «Cela fait mainte- nant plus de deux ans que je ne suis pas retournée voir un-e gynécologue. »; « J’ai perdu confiance envers le milieu hospitalier et médical. De façon générale, j’en ai même peur.» ; “Avec combien d’hommes avez-vous déjà eu de rapports sexuels?”»; «J’ai eu droit à des réflexions débiles de la part de cette gynécologue, du style “Qui fait l’homme, qui fait la femme?”»

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  • Des gynécologues ignorants et/ou ouvertement hostiles.

Par ignorance ou par mépris (ou les deux), certains-nes praticiens-nes ne ne prennent même pas la peine de délivrer des soins de prévention aux femmes lesbiennes :

«La gynécologue m’a demandé pourquoi je voulais consulter puisque j’étais lesbienne. Par la suite, elle a été très brusque et violente avec moi pendant l’examen médical!»; «Par peur cette gynécologue n’a pas fait tous les examens de vérification et m’a fait vraiment mal. J’en ai même perdu du sang. »

Le collectif BARBIETURIX consacre un article entier (7) à ces témoignages de lesbophobie « ordinaire »

Esther : (…)“Lorsque je lui dit que je ne prenais pas de contraception et que j’étais lesbienne, j’ai senti que ça jetait un froid. Il m’a demandé si j’étais vierge, je lui réponds que non, il me demande alors si j’ai déjà eu des relations sexuelles avec un homme, je lui réponds non également. Il m’assure alors que je suis vierge. Il ne m’a pas auscultée, ni fait de frottis. Il m’a facturé une consultation et je suis sortie incapable de réagir tellement j’étais surprise.”

Lola : (…)“J’ai des relations occasionnelles avec des femmes. Je voudrais en connaître les risques, et les moyens de me protéger.

– Ah, vous êtes lesbienne ?

– Bisexuelle.

– …

– On m’a parlé de bricolage, de préservatifs masculins à découper, il ne peut pas exister que ça ?

– Si. Eh oui, vous prenez des risques à chaque fois. Dépistage chaque année. Voilà, autre chose ?”

Ou encore ceux recueillis par le site de Yagg(8):

Camille : (…) « Rien à redire sur l’examen, aucune remarque désobligeante à l’évocation de mon homosexualité. Néanmoins, ayant eu plusieurs partenaires les mois précédents, j’ai profité de ma visite pour demander une prise de sang pour un dépistage (on n’est jamais trop prudent). Sa réponse: «Mais mademoiselle, vous êtes lesbienne, vous ne risquez absolument rien…» Je me suis donc retrouvée à expliquer à mon propre médecin que risques faibles ne voulaient pas dire nuls… ».

Typhaine : (…) « Comme beaucoup de lesbiennes, pas concernée par la contraception et pas très enthousiaste à l’idée de me faire examiner, j’y suis allée pour la première fois assez tard vers 22 ou 23 ans. L’examen s’est plutôt bien passé, j’ai mentionné mon homosexualité mais la gynéco a insisté pour aborder le sujet de la contraception pour QUAND j’aurais des relations hétéros (comme si c’était inéluctable…). »

  •  

    Personne ne remet en cause la nécessité d’une campagne de prévention à destination des hommes gays.

Les risques existent, il serait criminel de le nier. Pourquoi ne serait-il pas tout aussi criminel de nier les risques de transmission des IST chez les lesbiennes sous prétexte que, hors périodes de règles, la transmission du Sida est moins importante? D’ailleurs, il existe peu d’études sur les risques de contamination lors des rapports lesbiens. à cette carence statistique, s’ajoute l’idée que les lesbiennes seraient immunisées contre les IST. Nous l’avons vue, cette croyance est largement partagée par les premières concernées, le milieu associatif et militant, les professionnels de santé et bien entendu les pouvoirs publics.

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Visuel de la mairie de Paris. Suggère qu’il n’existe qu’un seul moyen d’avoir des rapports sexuels à risque : la pénétration par le phallus.
  • Alors, qui se préoccupe de la santé sexuelle des lesbiennes ?

Contrairement à ce à quoi l’on aurait pu légitimement s’attendre, cette question est largement ignorée par les associations LGBT, qui mettent généralement le paquet (de préservatif) sur le VIH mais nient complètement la santé sexuelle de leurs « soeurs de combat ». Au service des hommes gays ou hommes hétéros, la place des femmes est toujours la même : celle de l’éternelle auxiliaire. à ma connaissance, un seul outil circule, sur le net et parfois il m’arrive de le croiser dans le milieu associatif. Mais rarement, car il faut une volonté pour se procurer la brochure et la distribuer. Souvent les énergies lesbiennes s’éprouvent au service des intérêts exclusivement mâles, (GPA, VIH dans les rapports sexuels entre hommes).  Il s’agit de la Brochure illustrée « Tomber la culotte » qui fait un travail de prévention de qualité :

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« Tomber la culotte » Brochure

« « Pourquoi dois-je faire des frottis ? »

Les Papillomavirus (HPV) sont des virus très contagieux et certains peuvent être à l’origine du cancer du col de l’utérus. Ils peuvent se transmettre par contact sexuel, avec les doigts, les frottements sexe contre sexe ou l’échange de sextoys. Il est donc préférable de faire des frottis régulièrement pour dépister des anomalies et les prendre en charge. Il existe un vaccin contre certains HPV, recommandé et remboursé entre 14 ans et 23 ans, avant ou dans l’année qui suit les premiers contacts sexuels. »

et dispense des conseils pratiques :

(…) « SYSTEME D : Sortez le préservatif de son emballage, à l’aide d’un ciseau coupez le réservoir puis découpez le préservatif sur toute sa longueur. En le déroulant, vous obtiendrez une digue dentaire improvisée ! »

Comme toujours, invisibilité des lesbiennes dans la société hétérosexuelle patriarcale oblige, les lesbiennes se débrouillent par elles-mêmes. La visibilité n’est de toute manière pas une fin en soi. C’est juste que dans ce contexte précis, la visibilité aurait pu être un moyen de prévention. Tant pis.

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1 (http://www.lemonde.fr/campus/article/2014/12/01/sida-un-etudiant-sur-trois-ne-porte-pas-de-preservatif_4532135_4401467.html )

2 (http://www.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20141201/4532248_b915_hi-smerep_sida_2014.pdf)

3 (http://yagg.com/2016/10/20/prevention-marisol-touraine-maintient-la-visibilite-grand-public-de-la-campagne-gay/)

4 (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/une-campagne-de-prevention-anti-vih-visee-par-des-anti-mariage-gay_1851899.html)

5 (http://inpes.santepubliquefrance.fr/30000/actus2015/063-journee_mondiale_lutte_contre_sida.asp)

6 (https://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/enquete_sur_la_visibilite_des_lesbiennes_et_la_lesbophobie_2015.pdf)

7 (http://www.barbieturix.com/2015/08/23/temoignages-aventures-en-territoire-gynecologique/)

8 (http://yagg.com/2014/11/11/temoignages-ces-choses-qui-coincent-quand-des-lesbiennes-voient-un-e-gynecologue/)

9 (http://www.planning-familial.org/sites/internet/files/fsf_brochure_210911_bassedef.pdf)

Sport, sexisme et lesbophobie.

Les JO de Rio 2016 sont l’occasion d’ouvrir à nouveau le débat sur les questions de sexisme et de lesbophobie dans le sport.

Sport et stéréotypes de genre.

Les mentalités sont encore très marquées par les stéréotypes de genre dans le sport. Les activités sportives dites « masculines » devraient exalter la force physique, quand les activités dites « féminines » seraient moins risqués et devraient célébrer la grâce et la douceur « naturelle » des femmes. Aux hommes les sports de combat, aux femmes la gymnastique. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de nier l’existence des particularités physiques chez l’un ou l’autre sexe. Il s’agit au contraire de les accepter et de prendre en compte ces différences, sans pour autant interdire ou décourager les femmes à pratiquer des sports « traditionnellement » masculins. Car aucun sport n’est, en théorie, interdit aux femmes pour des raisons physiques ou musculaires.

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Par exemple, les basketteuses jouent sur les mêmes terrains que les hommes, la hauteur de panier n’est pas rabaissée. Seul le ballon est légèrement plus petit. Certes, elles ne peuvent pas dunker*. La hauteur officielle d’un panier de basket est de 3,05 mètres, peu de basketteuses peuvent se permettre cet exploit. Au contraire beaucoup de basketteurs font facilement plus de 1.90m, certains dépassent même les 2.00 mètres! Sauter et s’accrocher au panier pour marquer un point* est donc très facile pour la plupart des joueurs, mais quasiment impossible pour les sportives. Par conséquent, le jeu des femmes est moins rapide, mais il est aussi plus tactique, et plus collectif. Ce qui ne gâche rien à leur talent et au plaisir de les voir jouer.

L’apparence physique des joueuses plutôt que les performances sportives.

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On remarque que les stéréotypes féminins ont particulièrement la dent dure dans les sports collectifs. En effet, la camaraderie et l’esprit d’équipe sont censés être des valeurs « viriles ». Ce qui a pour conséquence de faire planer un doute sur la sexualité des sportives. Car l’équation est souvent la suivante : (Sports collectifs + Femmes = Homosexualité féminine = Masculinité = Sport collectifs) Les sportives sont donc poussées à paraître « féminines » pour être en accord avec ce que la société attends d’elles. (Queues de cheval, barrettes dans les cheveux, bijoux, quand c’est possible, etc.) Voir même très féminines en dehors du terrain pour contrer les accusations d’homosexualité.

En effet, l’on s’intéresse moins aux exploits des joueuses qu’à leur apparence physique. On ne compte plus le nombre d’article sur le net qui s’interroge pour savoir « Qui est la plus belle footballeuse? ». Sans compter les affiches ouvertement sexistes, qui mettent l’accent le physique supposé des joueuses. Des physiques toujours hyper sexualisés. A l’image de l’affiche 2013 de la Fédération Française de Basket Ball et de celle de l’équipe de Bourges pour la saison 2011-2012 :

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Peu importe que l’événement soit local, régional ou national, le sexisme s’affiche dans beaucoup de sports collectifs :

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(La population des supporters n’est-elle donc constituée que d’hommes hétéros ne réagissant qu’aux promesses à caractère sexuel? Car non, aussi vrai que le basket-ball ne se joue jamais en culotte, le rugby féminin ne se joue pas en talons aiguille.)

Où est l’exploit sportif dans ces affiches? Où sont les personnalités? Nulle part. Seul semble compter un imaginaire sexiste, construit de toute pièce, visant à nier complètement les performances sportives des femmes et à les invisibiliser en tant que personnes. Aucun de ces bouts de corps ne reflète la réalité du sport féminin.

Les lesbiennes invisibilisées.

Selon l’imaginaire collectif, il y aurait plus de lesbiennes dans les jeux d’équipe que partout ailleurs dans le sport. Ce qui est certain c’est que les lesbiennes sont où leur talent les poussent, tout comme les hétérosexuelles. À vrai dire, les lesbiennes sont partout. Quitte à faire de la peine à Christine Boutin.

Pourtant, dans le sport comme dans la société, les lesbiennes sont invisibilisées. Peut de sportives font leur coming-out, et pour cause. Le traitement médiatique que subissent celles qui affirment leur homosexualité n’encourage pas la parole des autres sportives. À la fin des années 90, Amélie Mauresmo a été la cible de clichés sur l’homosexualité féminine. Souvent la discrétion et le mensonge par omission paraissent préférables au rejet des autres, même pour les sportives de haut niveau. De plus, les publicités étant forcément hétéro-centrées, les sportives professionnelles (surtout dans les sports individuels) risquent de perdre leurs sponsors à la suite de leurs coming-outs. Au début des années 80, la joueuse de tennis Martina Navratilova a ainsi perdu la plupart de ses contrats publicitaires. L’effacement de soi est donc souvent contraint.

Les insultes et les discriminations lesbophobes en embuscade. 

Megan Anna Rapinoe
Megan Anna Rapinoe

Très récemment; lors de JO de Rio 2016, des footballeuses ont été victimes d’insultes lesbophobes. Le terme « Bicha » (l’équivalent de « pédé ») a été entendu à de nombreuses reprises lors des matches Etats-Unis/Nouvelle Zélande et Canada/Australie. L’insulte n’était pas lancée au hasard puisqu’elle visait en particulier les joueuses ouvertement lesbiennes. Selon le LA Times, Megan Rapinoe s’est sentie « personnellement blessée » et a ajouté : « Je crois qu’une certaine mentalité de foule s’est un peu installée ».

Autre exemple, l’ex sélectionneuse des Super Falcons (Nigeria), Eucharia a déclaré dans le New York Times en 2011 : « Les lesbiennes dans notre équipe étaient vraiment un gros problème, mais depuis que je suis sélectionneur, le problème est réglé. Il n’y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe. Elles sont beaucoup plus concentrées comme ça et savent que le football peut leur apporter la renommée, le bonheur et l’amusement. L’homosexualité détruit tous ces espoirs. » Il faut préciser que le Nigéria est un pays ou l’homosexualité est considérée comme illégale, et peut être punie dans tout le pays jusqu’à quatorze ans d’emprisonnement. Dans les états ayant adopté la Charia (12 sur 14) les homosexuel-elles sont exécutés par lapidation.

L’engagement des sportives non professionnelles.

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Les Dégommeuses équipe 2014

D’une manière générale l’homosexualité transgresse les représentations (hétéronormées! et sexistes!) du ou de la sportive type. Pour ces raisons, l’homosexualité et la lutte contre les discriminations restent taboues dans le sport à haut niveau. Néanmoins, des sportives amatrices s’engagent dans le combat contre la lesbophobie. À l’image des Dégommeuses, une association de footeuses non professionnelles qui fait la promotion du « sport féminin et l’utilisation du vecteur sportif dans la lutte contre les discriminations (en particulier liées au genre et à l’orientation sexuelle). » Cette association est à l’initiative en 2012 de « Foot-For-Love », un événement destiné à promouvoir la lutte contre les violences et discriminations à l’encontre des lesbiennes, par le sport. En soutenant des joueuses de foot Sud Africaines victimes d’odieux crimes de haine (meurtres, viols « correctifs »…) commis à l’encontre de femmes lesbiennes ou transgenre.

Les professionnelles qui osent revendiquer le droit à l’Indifférence.

espnw_g_wamkiss_cr__800x450Depuis quelques années des sportives professionnelles osent briser les tabous. Certaines n’hésitent plus à faire leur coming out de manière très officielle. Comme en 2014, quand la capitaine de l’équipe d’Angleterre de football, Casey Stoney s’est confiée sur la BBC :  « Je vivais dans le mensonge. Je ne l’ai jamais caché dans mon cercle de football car c’est accepté mais à l’extérieur, je n’ai jamais parlé de ma sexualité. C’est très important pour moi de parler maintenant en tant que joueuse homosexuelle car il y a énormément de gens qui le sont et qui doivent se battre. Vous entendez parler de gens qui se suicident à cause de ça, cela ne devrait jamais arriver.« 

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Casey Stoney

D’autres assument leur vie privée devant les caméras du monde entier. A l’image d’Abby Wambach. En juin 2015 la capitaine de l’équipe nationale des EU s’est illustrée en remportant la coupe du monde de foot-ball féminin, et en échangeant le baiser de la victoire avec sa Sarah Huff­man, son épouse.

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Abby Wambach, wife Sarah Huffman share kiss after U.S. World Cup win

En France, très peu de sportives choisissent d’être ouvertement lesbiennes. Mais certaines osent : la joueuse de tennis Amélie Mauresmo, bien sur. Mais aussi le couple de triathlètes Carole Péon et Jessica Harrison. La handballeuse Alexandra Lacrabère, la footballeuse Marinette Pichon qui s’est mariée en 2013 avec sa compagne, la handibasketteuse Ingrid Moatti, et la basketteuse Elodie Godin qui a épousé la basketteuse néerlandaise Naomi Halman.

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Carole Péon
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Alexandra Lacrabère

Marinette Pichon

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Naomi Halman et Elodie Godin

Ces femmes « outées » ne représentent qu’un infime pourcentage des sportives homosexuelles.

En outre, le meilleur moyen de lutter contre le sexisme et la lesbophobie, c’est de rendre visible ces discriminations. Non pas pour revendiquer un droit à la différence sexuelle, mais pour le droit à l’Indifférence. Pour que les lesbiennes aient le droit de parler de leur sexualité quand elles le veulent et pour que cela ne leur soit jamais préjudiciable. Mais aussi pour que le sport féminin professionnel ou amateur bénéficie des mêmes traitements que le sport masculin. (Traitement médiatique, diffusion des matchs, salaires des joueuses et des entrainneuses, moyens techniques et financiers, etc.)

Pour en savoir plus : (« Le Sport Féminin. Le sport, dernier bastion du sexisme? » Fabienne Broucaret, préface de Marie-Georges Buffet); (Le site web des Dégommeuses : http://www.lesdegommeuses.org/foot-for-love.html).

Attentats à Orlando : Daech souhaite assigner les identités.

Orlando, 50 morts. Ils disent que c’est la « communauté homosexuelle » qu’ils ont touché. Le crime est clairement homophobe, mais il est aussi, « jeune-phobe », liberté-phobe ».

Ils veulent que nous raisonnions en termes de « communautés ». Je refuse de raisonner en termes de communautés. Ils veulent séparer artificiellement les personnes : les homos/les hétéros, les croyants/les mécréants.

Le racisme, le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, l’antisémitisme, doivent êtres nommées pour pouvoir êtres combattus. Et ils doivent être combattus fermement.

Puisque c’est mon tour de me sentir directement visée par cette attaque « homophobe », je me permets de dire que je ne suis plutôt mal à l’aise avec certaines réactions.

ça me fait une drôle d’impression. ça me fait drôle quand je lis que « la communauté homosexuelle a été touchée ». D’une part par ce que je ne sais pas ce que la « communauté homosexuelle » veut dire, au juste. D’autre part, parce que, je regarde avec inquiétude la dichotomie criminelle : ils ont visé des homos.

Daech joue une guerre psychologique, c’est l’essence même des attentats terroristes : le but est de semer la terreur et à « peu de frais ». J’ai le sentiment que l’intention des terroristes n’ est pas de propager LA PEUR, en elle-même. J’ai le sentiment que Daech veut renforcer le communautarisme.

Daech veut assigner les identités. Le but de l’organisation terroriste est que chacun d’entre nous n’ait plus jamais le choix de se nommer comme il l’entend. Dans la société, nous ne seront plus simplement des citoyens. Nous seront, des catholiques de France, des musulmans de France, des juifs de France. Et/ou des homosexuels, ou lesbiennes, ou trans-sexuels. Il faudra obligatoirement décliner l’identité que les sexistes, que les racistes, les antisémites, que les homophobes, que les lesbophobes, nous auront assignés.

Il est important dans un tel moment de se revendiquer, juif ou homo pour condamner les crimes antisémites ou homophobes. Il est également important de montrer sa solidarité. Mais il est essentiel que nous conservions la liberté de nous nommer (lesbiennes, gais, juifs, musulmans, catho, …) quand nous le voulons !

(Source de la photo : http://www.lemonde.fr/…/en-images-les-hommages-du-monde-ent…)

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Quand l’animalisme est dirigé contre les femmes

  • Faut-il voir l’horreur pour la comprendre?

L’horreur, l’effroi sont des sentiments facilement communicables. Le seul récit oral ou écrit de scènes d’horreur peuvent susciter l’empathie. 

La capacité de se mettre à la place de l’autre est commune à tous les animaux sociaux. L’empathie, doit sûrement avoir un rôle très important dans notre survie. Ou dans notre « évolution », (appelez cela comme vous voulez). Elle nous à permis de comprendre l’autre, de ressentir sa peur ou sa souffrance, et le cas échéant de lui venir en aide. Bref, de vivre en société. Donc, nous n’avons pas besoin de voir l’horreur pour la comprendre.

Pourtant, certains-nes « féministes-animalistes » (leur nombre est anecdotique) s’évertuent à noues montrer encore et encore ces images horribles. Comme s’il était absolument nécessaire de voir des animaux se faire égorger pour comprendre la souffrance animale. Pourquoi cet acharnement? Pourquoi cette propagande? Et pourquoi la diriger contre les femmes?

  • Culpabiliser les femmes.

Certaines « féminsites-animalistes » inondent, par le biais des réseaux sociaux, leurs contacts féministes d’images effroyables. Parfois ces vidéos s’accompagnent de commentaires très durs. Elles jugent et culpabilisent les autres femmes de ne pas être de parfaites végétaliennes. La démarche de ces femmes, qui abordent la lutte contre la souffrance animale par la culpabilisation des femmes, est tout à fait étrange. Car en quoi culpabiliser les femmes peut être bénéfique pour le combat animaliste? Et pour quel résultat pour le féminisme?  

D’après ces animalistes là, les femmes qui continueraient à manger des animaux, se comporteraient comme les hommes se comportent à l’égard des femmes. Elles seraient des bourreaux, des criminelles, responsables des violences animales. L’analogie « hommes oppresseurs des femmes / femmes oppresseuses des animaux » lance l’opprobre sur les femmes. Les femmes, encore et toujours coupables!

Faut-il rappeler que le poids de la culpabilité nous plombe déjà? Qu’en patriarcat nous sommes coupables d’être des femmes? Nous sommes le « sexe faible », dressés dès le plus jeune âge à accepter notre condition de sous-humaines, d’auxiliaires des hommes, d’appendice de l’ « Humanité ». Et il faudrait en plus se sentir personnellement coupables de la souffrance animale? Cela fait beaucoup de choses sur les épaules des femmes. En outre, le féminisme a depuis longtemps analysé le sentiment de culpabilité des victimes. Les femmes se sentent coupables, parce que la société patriarcale fait tout pour qu’elles se sentent coupables. Comment ces « féministes-animalistes » peuvent-elles l’ignorer? Les plus radicales sont impardonnables.

  • La culpabilisation, un levier de manipulation très efficace.

Pourquoi culpabiliser les femmes? Certainement parce que la culpabilisation est un levier de manipulation très efficace sur les victimes. En effet, toutes les victimes se sentent coupables, même si c’est entièrement faux. A contrario les bourreaux ne se sentent jamais coupables : les pédo-criminels, arguent que les enfants sont séducteurs (Voir le romain « Lolita » de Vladimir Nabokov ), les violeurs de femmes adultes, et la société estiment que la plupart du temps les femmes provoquent les viols (Selon une enquête réalisée avec l’institut IPSOS, 27% des français pensent que le violeur est moins responsable si la victime est habillée avec une tenue sexy) Les femmes, parce qu’elles sont victimes du patriarcat, sont de fait plus enclines à culpabiliser de ne pas réussir à être de parfaites végétaliennes.

Dans ces conditions, la culpabilisation fonctionne à tous les coups. Dire à une victime « tu es coupable » et vous avez à peu près 100% de chance pour que la victime, … se sente coupable. Je ne peux pas croire que ces féministes puissent ignorer qu’elles abusent ainsi les autres femmes. Pourquoi ne pas plutôt montrer ces images aux hommes? Eux qui depuis la nuit des temps ne sont jamais responsables de rien. Ces féministes là sont doublement  impardonnables. D’abord, parce qu’en tant que féministes elles ont tous les outils de compréhension pour éviter cet écueil. (Et qu’il n’y a rien de féministe à culpabiliser les femmes!) Ensuite, parce qu’elles usent de la culpabilisation comme d’un outil de manipulation.

Culpabiliser les déjà-victimes est une forme de maltraitance. Le faire en connaissance de cause, c’est du sadisme.

  • Se venger en matraquant les autres femmes d’images traumatisantes?

Les images relayées, parfois jusqu’à l’overdose par certaines animalistes, sont traumatisantes (animaux égorgés, dépecés, emprisonnés, battus, etc.). Elles le sont d’autant plus quand elles sont reçues par des personnes déjà traumatisées. Une femme victime de violences extrêmes, tant qu’elle n’est pas résiliente (tant qu’elle n’a pas dépassé son traumatisme), et particulièrement sensible aux images, aux situations de violence qui réaniment, ou créent carrément de nouveaux traumatismes. Lesquels alimentent sa mémoire traumatique. Un véritable cercle vicieux. Dans lequel certaines voudraient nous entraîner? Ces images peuvent provoquer chez les plus traumatisées des réminiscences (des flashs de l’agression, ou un état de stress qui peut être aigu). Et/ou aller jusqu’à déclencher ce que l’on appelle le phénomène de dissociation. Un phénomène pas toujours identifié comme tel et parfois recherché par les victimes qui s’infligent à elles-mêmes des situations dangereuse ou stressantes – comme par exemple visionner des images qui réaniment les traumas- dans le but de littéralement se faire « disjoncter ». Et ne plus rien ressentir. (Voir par exemple, l’animation présentée par le magazine de la santé de France 5 sur les mécanismes psychotraumatiques lors d’un viol ou bien le site internet Mémoire traumatique et victimologie .)

Alors soit, l’on s’auto-saborde en visionnant des images traumatisantes. Et on recherche la dissociation pour se « faire disjoncter ». C’est un « choix », qui n’en est pas un, puisque rechercher la dissociation c’est une manière de se couper de soi-même et de faire « comme l’on peut » pour faire taire les conséquences des agressions. Ce qui ne permet pas d’aller mieux, bien au contraire. Mais, au moins c’est une démarche personnelle et on ne l’impose pas aux autres. Soit on choisit de se venger et de traumatiser les autres à son tour. Certaines de ces animalistes ont sûrement été victimes de violences (statistiquement ça se vérifie), le problème c’est qu’elles choisissent de devenir à leur tour des bourreaux. Et c’est à ce moment là qu’elles dépassent la ligne rouge. Elles mettent en danger les autres. Ce qui est inacceptable.

Il ne s’agit pas de jeter la pierre à toutes celles qui relayent ces images. Car toutes n’ont pas forcément conscience du risque qu’elles prennent pour elles-mêmes ou pour les autres. Surtout si elles sont manipulées, par le choc des images. Il s’agit, au contraire de nommer les violences : oui, ces images sont violentes et peuvent atteindre à notre intégrité psychique. Et seules celles qui le font en connaissance de cause, sont impardonnables. C’est évidemment l’élément intentionnel qui est condamnable!

  • Le sadisme des manipulatrices relationnelles.

Une personne fragilisée, en état de choc, embuée par ses émotions ne réfléchit plus. Et une personne qui ne réfléchit plus, ça intéresse pas mal de psychopathes assoiffés-es de pouvoir (toutes les formes de pouvoir). Cela n’est un secret pour personne, dans tous les milieux militants qui défendent de grandes et justes causes, (les violences faites aux enfants, les violences faites aux femmes, les violences faites aux animaux, etc.) on retrouve la présence de personnes malveillantes et manipulatrices. C’est une réalité.  

Digression : En tant que féministes, nous connaissons bien les ravages que peuvent faire les manipulateurs-ices relationnels-lles, ou les pervers-sses narcissiques, qui morts-tes émotionnellement cherchent à survivre à leur propre chaos en manipulant autrui. Nous savons que les PN sont des personnes qui ont été victimes d’un traumatisme insurmontable et qu’en réaction, elles ont choisit de se couper de leurs émotions et de devenir à leur tour, des bourreaux. Nous savons également que les hommes et les femmes qui choisissent de devenir des argresseurs-euses ne sont pas à mettre sur le même plan, puisque seuls les hommes sont encouragés par la société à adopter des comportements agressifs contre les femmes et les enfants. Les femmes elles, n’en tirent aucun bénéfice.

Ces êtres, vides émotionnellement sont potentiellement des personnes dangereuses. Pour elles-mêmes (mises en danger, autodestruction) et pour les autres qu’elles manipulent. Et si ces images d’horreur étaient utilisées comme des armes contre les femmes déjà traumatisées? Alors, oui je pense qu’il y a une forme de sadisme dans la démarche de certaines « féministes-animalistes ». Je pense également qu’elles se servent, d’une part, des souffrances animales pour culpabiliser. Et  d’autre part, du féminisme pour culpabiliser les Femmes.

NB: Qu’elles aient subies des violences inacceptables est une explication à leur comportement, jamais une excuse. D’ailleurs toutes celles qui ont été, battues ou violées ne deviennent pas des PN ou des manipulatrices! 

  • Noues n’avons pas besoin de voir l’horreur pour la comprendre.

Pour conclure, je dirai que je n’ai pas besoin de voir un viol filmé pour être contre la pornographie. Je n’ai pas besoin de voir une passe de mes yeux, pour être une abolitionniste de la prostitution convaincue. Je n’ai pas besoin de voir une exécution capitale, pour être contre la peine de mort. Je n’ai pas besoin de voir un animal égorgé dans un abattoir, pour comprendre la souffrance animale et changer mon mode d’alimentation.

Le matraquage d’images traumatisantes a happé beaucoup de femmes déjà traumatisées par les violences machistes. Avez-vous remarqué le fanatisme de certaines? Elles ont arrêtées de penser.

Je n’ai pas la science infuse sur ce que devrait ou ne devrait pas être le féminisme. Je n’ai de leçon de féminisme à donner à personne. Surtout pas aux femmes. Simplement, il me semble que le féminisme c’est tout sauf la culpabilisation des femmes. C’est tout sauf nous enlever notre capacité de réflexion par le biais d’images angoissantes. Je ne souhaite pas dénoncer, pour dénoncer. Sinon le féminisme serait un panier de crabe. Or, ce n’est certainement pas de cette manière que je souhaite vivre mon féminisme. Je dénonce ce qui me parait être une manipulation et un risque pour les femmes. Pour les prévenir et tenter de les protéger. Nous avons le droit de nous protéger.

Et, pour que l’animalisme, qui est une noble et juste cause, ne soit jamais instrumentalisé contre les femmes.

Journée mondiale contre l’homophobie et la trans-phobie. Quid des lesbiennes?

SAPHO
Portrait de Jeune femme au Stylet dite Sapho 31×34 cm IVeme Style Pompei Insula occidentalis

Et si l’on osait décréter que aujourd’hui, 18 MAI c’est la Journée Mondiale Contre la LESBOPHOBIE? (Les femmes homosexuelles sont doublement victimes de sexisme et d’homophobie. Scoop : les lesbiennes se font aussi dévisager, insulter, tabasser, violer parce qu’elles sont homo et parce qu’elles sont femmes)

Osons parler de LESBOPHOBIE, osons parler des lesbiennes. Puisque manifestement ceux qui ont décrété que le 17 mai était la « Journée Mondiale Contre l’Homophobie et la Transphobie », n’ont pas osé représenter les femmes homosexuelles.

Au moins une fois dans l’année, osons.

Je n’ose pas pour moi, qui ne crois plus en la « visibilité », mais j’ose pour les autres qui sont dans leur placard et qui souffrent de ne pouvoir, se reconnaître nulle part dans la société hétérocentrée patriarcale. Noues sommes nombreuses à être passées par là. Le tout c’est de ne pas rester bloquées dans cette impasse, mais plutôt de prendre conscience que les lesbiennes produisent elles-mêmes une culture, des idées en dehors du patriacat. Bref, hors du conditionnement hétérosexuel : mariage, enfants, famille.

Car, qui de mieux placées que les lesbiennes pour résister à l’hétérosexualité comme régime politique opressif pour toutes les femmes? Nos exitances à elles seules sont la preuve qu’un autre modèle est possible. Et noues le faisons exister. Mêmes invisibles-invisibilisées, nous avons une emprise sur ce monde.

Et, au moins une fois pas an, se « visibiliser ». C’est aussi revendiquer un droit à l’indifférence et non à la différence. Car, le droit à la différence assigne les identités. Quand au contraire, le droit à l’indifférence c’est se nommer « homosexuelle » quand on le veut. Les lesbiennes peuvent-elles au moins se nommer sans risquer les violences? C’est plutôt difficile, il faut bien le dire.

C’est pourquoi, HétéroEs, HomoEs, je vous souhaite à toutes, une Joyeuse Journée Mondiale Contre la LESBOPHOBIE! :) !

Monique Wittig

« (…) « lesbienne » est le seul concept que je connaisse qui soit au-delà des catégories de sexe (femme et homme) parce que le sujet désigné (lesbienne) N’EST PAS une femme, ni économiquement, ni politiquement, ni idéologiquement. Car en effet ce qui fait une femme, c’est une relation sociale particulière à un homme, relation que nous avons autrefois appelée de servage, relation qui implique des obligations personnelles et physiques aussi bien que des obligations économiques (…), relation à laquelle les lesbiennes échappent en refusant de devenir ou rester hétérosexuelles. (…) notre survie exige de contribuer de toutes nos forces à la destruction de la classe – les femmes- dans laquelle les hommes s’approprient les femmes et cela ne peut s’accomplir que par la destruction de l’hétérosexualité comme système social basé sur l’oppression et l’appropriation des femmes par les hommes et qui produit le corps de doctrines sur la différence entre les sexes pour justifier cette oppression »

Monique Wittig, La pensée straight.

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NOLI ME TANGERE – NE ME TOUCHE PAS !

Les patients-tes, comme les femmes parce qu’elles sont femmes, sont objectivés-es, déshumanisés-es. Leurs esprits séparés de leurs corps, pour mieux être violés-es par ceux qui les objectivisent. Car dès lors que l’on crée cette dichotomie corps/esprit, les personnes cessent d’être des personnes. Toutes les violences deviennent alors possibles. Or, la médecine telle qu’elle est exercée de nos jours, aurait tendance à oublier qu’elle ne soigne pas « des corps », mais bien des personnes.

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 Noli me tangere« ne me touche pas », est l’expression latine sur laquelle repose la dimension sacrée du corps humain. Dans les évangiles, Jésus ressuscité s’adresse à Marie-Madeleine qui le prend pour un jardinier. Il lui demande de ne pas le toucher.

De nos jours, les lois affirment le principe d’inviolabilité du corps humain. Le Code Civil, dans son article 16-1 alinéa 2, affirme que « Chacun à droit au respect de son corps. Le corps humain est inviolable ». De fait, les coups, les blessures, la torture, les traitements inhumains ou dégradants, les atteintes physiques, ou morales ou humiliantes et toute détention d’une personne, autre que celles ordonnées en matière pénale sont interdites et sanctionnées.

Néanmoins, l’article 16-3 enchaîne : « il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui. Le consentement de l’intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir».

L’atteinte au corps est donc possible, de manière exceptionnelle, avec le consentement préalable du malade ou en cas d’urgence, mais avant tout pour satisfaire un intérêt thérapeutique.

Les lois protègent donc des atteintes, les sanctionnent tout en permettant aux soignants d’exercer. Ainsi, la différence entre un barbare et un médecin réside donc essentiellement dans l’intérêt thérapeutique. C’est très amusant à lire, mais seulement si l’on n’est pas médecin ou si l’on n’est pas malade. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que les soignants se rendent bien compte de leurs gestes et de leurs conséquences sur la vie de leurs patients. Pour les aides-soignats-es : toucher le corps du malade, le laver, l’habiller. Pour les infirmièrs-ères : lui enfoncer des aiguilles dans les veines, dans le ventre, dans les cuisses, lui faire ingurgiter des médicaments. Pour les médecins, les chirurgiens-nes : ausculter, tailler la peau, couper les chairs, recoudre la peau. La liste n’est pas exhaustive, mais tous ces gestes, à des degrés différents, sont invasifs et donc violents pour les patients.

 Et dans l’hôpital déserté par la Dignité de la personne humaine, une femme hurle :

«  –  Ne me touche pas ! Je suis blessée. Ou si tu me touches, fais-le comme si tu t’adresses à une personne qui a besoin de ton aide et non comme un corps déshumanisé. Je ne suis pas qu’un corps, je suis un être incarné. La froideur indispensable des protocoles médicaux n’enlèvera pas la morsure insupportable de tes gestes s’ils sont réalisés avec le mépris de mon être. Car ce n’est pas seulement ma peau que l’on coupe, ce n’est pas seulement ma chair que l’on entaille, ce ne sont pas seulement mes os que l’on perce, mon sang qui coule, c’est moi. Moi que l’on taille en morceau, moi que l’on perce, moi que l’on mutile ! Parce que je suis mon corps ! Tu n’as pas le droit de dissocier mon corps de mon esprit !

Me parler de ma jambe à opérer comme d’un objet en dehors de moi-même n’est qu’un mensonge qui a pour fonction de me désincarner, de ne plus me voir que comme un bout de viande à « réparer ». De rendre éthique l’insupportable. Ce tour de passe-passe te permets de violer mon corps et de violer mon intégrité de personne humaine. Car le corps devient légalement violable dès qu’il n’est plus habité par l’être, dès qu’on le déshumanise et qu’on l’objectivise. Fidèle gardien d’une pratique avilissante de la médecine, ton paternaliste et ta condescendance sont institutionnalisés. Tu ne t’encombres pas d’empathie. Tu es une autorité et la plupart des gens sont impressionnés par ton statut, car ils pensent naïvement que tu « sauves des vies », alors que tu ne t’intéresses qu’au corps que tu nommes froidement « machine ». Le jargon médical que tu utilises est, la plupart du temps incompréhensible pour les malades, qui ainsi maintenus dans l’ignorance, n’ont d’autre choix que de s’en remettre entièrement à ton autorité, mais je ne suis pas dupe !

Tu me dis une dernière fois que tout ira bien, comme on s’adresse à un enfant capricieux pour qu’il arrête de pleurer. Et je devrais avoir confiance ? Je devrai consentir à mon propre viol ? Désormais, je suis en capacité de consentir et il y a un intérêt thérapeutique à me faire mutiler, mais je ne veux pas que tu me touches ! Ne me touche pas ! »

Pourtant, elle consent. Comme la plupart des patients, elle consent à prendre sa douche avec la Bétadine, à sentir l’iode et à voir sa peau se teinter d’ocre. Elle consent à mettre une charlotte sur sa tête et la chemise bleu des opérés. Elle consent à prendre cette petite pilule qui la fait lâcher prise. Elle consent à l’administration de l’énorme seringue d’antibiotiques. Elle consent à monter elle-même sur l’étroite table noire et à ressentir l’atmosphère glaciale de la salle d’opération. Elle consent à l’intubation. Elle consent aux drogues, encore. De celles qui vous plongent dans un sommeil de mort, sans rêve et sans souvenirs. Elle consent aux entailles profondes, aux manipulations obscènes sur son corps à moitié mort. Elle consent à un réveil douloureux. La bouche sèche et la nausée au bord des lèvres. Puisque c’est thérapeutique, elle consent. Mais ne lui parlez pas de consentement quand il s’agit de l’hostilité insupportable de l’environnement hospitalier. Mais lui parlez pas de consentement, quand il s’agit de violences institutionnelles, institutionnalisées : non respect de l’obligation d’information, infantilisation, maltraitante, attouchements sexuels de la part du personnel soignant, … Accueillez plutôt vos patients comme étant des personnes.

(Texte initialement publié dans le n° 1 de « À Poil« , un fanzine imaginé par Elise et Marion. )